Interview avec Madame Rose Sèmého SOKPOH

23 novembre 2020 à 18h22 - 1093 vues

Extrait de l'interview accordée à  Newvisafrica par Madame Rose Sèmého SOKPOH, Gestionnaire des Ressources Humaines,  Partenaire stratégique RH et  Formatrice. Madame SOKPOH est Directrice  du cabinet P&RH Services à Lomé.

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Dites-nous madame ce que vous pensez du développement de l'Afrique

L’Afrique est un continent destiné dès le départ à être développé. C’est le continent qui a tout, des ressources jusqu’aux hommes en passant par le climat. Aujourd’hui nous assistons à un éveil des consciences et même si le développement du continent a été retardé depuis des décennies, la nouvelle génération commence à ôter les voiles et c’est déjà un grand pas vers la nouvelle Afrique. 

Pensez-vous que les femmes ont des ressources qu’il faut pour le renforcement des capacités du développement ? 

Les femmes n’ont pas des ressources, elles sont des ressources. Vous savez, l’une des plus belles valeurs que j’ai toujours prônées, c’est ce grand rôle légué, sinon réservé à la femme africaine dans l’éducation des enfants. Et quand on sait qu’éduquer un enfant c’est éduquer une nation, comment peut-on se demander si les femmes ont des ressources pour contribuer au développement ? 

De plus nous avons de belles histoires qui sont les preuves de la capacité de la femme africaine à jouer un rôle prépondérant dans la société ; je citerais les Nana-Benz de mon cher pays le Togo et les Amazones de l’ancien Dahomey voisin, pour ne citer que celles-là. A l’époque encore, l’école était un sujet tabou pour les filles mais ces femmes ont prouvé leur capacité intellectuelle, leur capacité organisationnelle, leur capacité de gestionnaire. La femme a toujours été le pilier de l’éducation et de l’économie en Afrique. Est-ce que vous vous imaginez un peu ce que ces femmes auraient pu être capables de faire si en plus de ce potentiel elles avaient eu la chance de faire de si longues études que nous en avons l’opportunité aujourd’hui ? Et c’est de cela que nous sommes témoins:  nos sœurs, nos filles ouvrent des portes longtemps réservées qu’à des hommes, mieux elles réussissent là où même ces derniers  échouent. Même si le sujet de l’égalité homme et femme soulève toujours des questions, évidemment moi je le dis, la nature elle-même a choisi de mettre la différence du point de vue morphologique, il n’y a aucune différence entre l’intelligence et la capacité  intellectuelle des deux êtres ; et ça il faut le dire et le répéter s’il le faut. Ce que l’homme peut faire en terme de capacité intellectuelle et de raisonnement, la femme peut le faire et même mieux le faire parfois. 

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Entendre crier aujourd’hui sur les médias et dans les grandes conférences qu’on fait de la sensibilisation sur la promotion de l’entreprenariat féminin m’arrache toujours un sourire ; c’est comme si c’était un concept nouveau que découvrait la femme africaine. Mais non, la femme dans nos pays, nos mères ont toujours été des entrepreneurs : que ce soit avec leur petite bassine sur la tête ou derrière leur petit étalage, elles ont nourri et éduqué nous qui sommes leurs enfants avec. Je pourrais comprendre qu’on parle de la réforme de l’entreprenariat féminin, mais permettez qu’on le dise, ce n’est pas aujourd’hui que la femme africaine découvre l’entreprenariat, le concept peut-être si on y tient mais pas l'élément.  

Si derrière un grand homme il y a une grande femme, j’aime ajouter, derrière une grande femme il y a une mère. La femme est une ressource à tous les points de vue. 

Quels sont les indices qui caractérisent votre aptitude vis-à-vis du développement durable ? 

En bon gestionnaire Ressources Humaines, j’ai toujours cru, et je le soutiens d’ailleurs, que pour atteindre un objectif, il ne suffit pas que de mettre les moyens, mais il faut et c’est le plus important à mon sens, positionner la personne qu’il faut à la place qu’il faut sans discrimination aucune. C’est une valorisation et une reconnaissance des compétences, et il faut préciser que quand nous parlons de compétence, c’est la combinaison intelligente et efficace du savoir, du savoir-faire et du savoir-être. On ne parle pas que du niveau d’études, de l’école fréquentée, de la famille d’origine, ou de qui est mon mentor… Nous parlons aussi et surtout des aptitudes personnelles et relationnelles indispensables pour fédérer des équipes autour de la vision stratégique et utiliser les ressources mises à disposition de manière efficiente en vue de la performance.  La femme je crois est prédisposée naturellement à allier ses trois dimensions de la compétence et donc peut relever facilement les défis. 

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Mon second principe est la promotion du leadership. Vous savez, le leader est différent du boss ou du chef en ce sens que le premier veut voir les hommes grandir avec lui, alors que le second veut être en position de force, sinon de dominance et donner des ordres. La femme est le prototype même du leadership. Et c’est des leaders que nous avons besoin pour construire ensemble cette nouvelle Afrique prometteuse pour la nouvelle génération. 

Les hommes depuis des décennies ont montré  leurs faiblesses en face des difficultés liées au développement de ce continent, pensez-vous que vous pouvez, vous les femmes trouver le meilleur contournement pour accéder au développement durable ? 

Je n’irais pas dans le même sens que vous, puisqu’il y en a quand même quelques rares qui ont payé même au prix de leur liberté, voire de leur vie dans le pire des cas, dans la lutte pour le développement du continent africain. Ce que je dirais c’est qu’il s’agit d’un système et tant qu’on arrivera pas à refondre ce système-là, ne soyez pas surpris que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Tout part de là. Le potentiel est là, mais la question demeure: comment s’en sert-on et à quelle fin est-il utilisé? Alors, tant qu’on continuera à valoriser l’individu au lieu du groupe, tant qu’on valorisera la personnalité au lieu de la compétence, tant qu’on sera prêt à vendre l’or de demain pour le bronze d’aujourd’hui, tant qu’on sera incapable, de dire oui ou non quand il le faut et à qui il le faut, tant qu’on sera des chefs chacun à son niveau et non des leaders de groupes…on n’est pas arrivé. Le potentiel n’est pas une question de sexe, et la femme, malgré tout ce qu’on peut lui reconnaître comme prédisposition naturelle,  n’est pas à mon point de vue la potion magique ou la solution miracle au problème africain. Une chose est d’avoir le potentiel, une autre est de savoir s’en servir dans l’intérêt de tous ! Comme le dit si bien un adage africain, un seul arbre ne fait pas la forêt. Le développement de l’Afrique doit être une priorité commune et c’est ensemble que ça va se faire, avec des hommes et des femmes qui partagent cette vision et sont prêts à se mettre au service des autres... 

Un reportage de Gabin Conrad pour Newvisafrica Media,  Houston, Texas